2000


Rapport - Rod Willmot

 

 

Dimanche, le 22 octobre: Fatigué de la bonne manière, même après 14 heures de sommeil glorieux, j'écris ceci avec un sentiment de satisfaction profonde, de plaisir en me souvenant d'une journée pleine d'expérience intense, et de gratitude pour le travail de Robert Fortier et ses maints bénévoles. Merci à vous tous!

Je n'ai pas encore les résultats, mais aussitôt que je les reçois de Robert je les mettrai sur le site. J'aimerai aussi ajouter vos photos et des rapports de votre expérience personnelle, alors envoyez-moi tout ce que vous voudrez, et revenez souvent pour voir les mises à jour.

Comme vous savez déjà si vous étiez là hier, le Défi cette année était de quoi former des légendes, car il n'a pris que quelques minutes de pluie après l'aube pour transformer le circuit en une combinaison de la Belle et la Bête. L'asphalte est devenu glissant comme du beurre, tandis que les pistes cyclables, d'habitude tellement faciles et tellement fun pour des patineurs comme nous, sont devenu des couloirs dangéreux, couverts d'une mélasse glissante et glouante qui nous a tous ralentis, a causé plusieurs chutes, et en somme nous a fatigués "au boutte" comme si on faisait deux fois la distance. Tabernouche, on a patiné dans ÇA!?! Pourtant, entremêlé avec toute notre fatigue et frustration il y a eu beaucoup de bonne humeur, et peu importe combien c'était dégueulasse sous nos roues, nous étions fous amoureux de cette folle aventure que nous faisions. Et, il faut l'avouer, chaque fois que nous avons risqué un coup d'oeil ailleurs qu'à notre chemin, nous avons découvert que les couleurs et le paysage étaient plus spectaculaires que jamais.

Est-ce que cette édition du Défi était la plus difficile jusque maintenant? Sans doute que oui. Je ne nomme que deux vététerans du circuit, Rolf Christiansen et Raymond Bélisle, qui ont visiblement souffert en faisant une lutte très dure, mais qui ont fièrement terminé. (Mon petit groupe bougeait bien quand il bougeait, mais prenait des repos importants, ce qui m'a permis de voir certains patineurs de maintes reprises.) D'autres patineurs cependant ont réussi à améliorer leur performance sur les années précédentes, et je sais que certains qui étaient là pour la première fois ont très bien fait. C'est comme ça le patinage ultra. Chaque patineur fait une course unique, avec une histoire propre à lui qui vaut autant que la course du plus fort.

Dans mon cas, l'histoire du Défi 2000 était surtout la présence de 7 patineurs américains dont j'ai facilité le voyage grâce à l'Internet. (J'ai eu le grand plaisir de les recontrer enfin la veille de la course; on a soûpé chez Pacini avant de nous coucher au motel.) Aguerris de la course renommée Athens-to-Atlanta, ils ont dit a l'unanimité que notre Défi est plus dur, même si c'est plus court de 10 km! De toute façon, je suis content et très fier de pouvoir rapporter qu'ils ont eu une expérience merveilleuse ici, car ils ont juré de chanter les louanges du Défi chez eux. (Il y avait au moins un 8ieme Américain, Andrew de New York, qui est venu indépendamment; je ne sais pas s'il a réussi à terminer.)

Parmi les Américains, l'étonnante Laurel Geske de Wisconsin est rentrée 2ieme après notre bien-aimé Robert Mitchell. (Charles Beaudoin est rentré en même temps que Laurel.) Le petit groupe que j'ai guidé a pris "un peu plus" de temps a finir, mais a patiné aussi dur, peut-être même plus dur dans certains cas. Ensemble du départ jusqu'à la fin, l'équipe s'est composée de Blossom de New York, Blake de North Carolina, Kevin de Boston, et un seul compatriote québécois, Michel. (Nous avons perdu Michel vers la fin, au Vieux Port, mais il a bel et bien terminé un peu plus tard.) Peu habitué au patinage longue-distance, Kevin a été en plus trahi par des patins qui lui faisaient mal et qui ont très vite commencé à lui maganer les tibias. A la fin de la Section 2 j'ai vraiment pensé qu'il serait obligé à se retirer. Blème, visiblement en douleur, il avait l'air d'être prêt pour l'ambulance. Je ne sais pas comment il a trouvé les moyens de se reprendre, mais il l'ai fait, et finalement il est resté avec nous sans jamais se plaindre. Pendant qu'il me suivait de près pour les derniers 15 km, j'ai trouvé que ma propre expérience était profondément colorée par ma conscience de combien il souffrait. Pour moi, mon Défi n'était pas une course après un meilleur temps, c'était de nouveaux amis et le travail d'équipe. Naturellement, nous avons eu énormément de fun ensemble¾on a rit souvent! Mais le courage de Kevin, sa détermination inlassable face à l'adversité, me semblent représenter l'essentiel ce que nous affrontons tous quand nous acceptons un défi comme le Défi de l'Île. Nous avons tous travaillé dur. Nous avons tous souffert, mais nous avons continué sans lâcher. Nous avons connu énormément de douleur, mais nous avons eu des moments d'émerveillement et de triomphe que personne ne peut connaître qui n'a pas osé venir. Peu importe si vous avez terminé premier ou dernier, bon dieu, vous avez de quoi vous vanter!

Rod Willmot


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