2001


Rapport - Yves Letalien

 

 

Croire En Soi: (Je peux le faire!)

OCT 1998. En fin d'après-midi, sur Wellington, je croise un couple de patineurs dans la cinquantaine. Ils ont un numéro sur la poitrine et n'ont vraiment pas l'air pressé. Je pense qu'ils reviennent d'une compétition quelconque. Non! Ces 2 malades finissent le "DÉFI": 128 Km en patins! Une épreuve pas ordinaire pour du monde (qui me semble) ordinaire! La graine est semée: j'ai 42 ans je ressemble autant à un athlète qu'eux, je sais patiner sur glace, suis un peu excessif; il ne me manque que les patins. Ça fait 6 mois que j'ai arrêter de fumer après 25 ans (minimum!) de 2 paquets par jour. Je fais un peu de bicycle et j'ai commencé des cours de natation pour essayer de m'ramener les poumons (totalement essouflé après une longeur).

Viens le printemps, ma douce beauté m'achète des patins usagés. J'délaisse la bicyclette pour mon nouveau moyen de transport. Je repense au Défi , mais j'ai pas les coordonnées. J'commence à courir en juin (totalement essouflé après 5 minutes de course lente). J'patine régulièrement (jamais essouflé!). En août je réussis à courir 15K: je marche sur des nuages, j'ai des rêves de marathon (42K de course à pied ). Mais, dans ma ptite tête, les marathons c'est pour les "jeunes", "les vrais athlètes", " l'élite".

Les flyers du Défi commencent à apparaitre sur les pistes. Je me souviens de mes "vieux patineurs ordinaires"; je m'inscris! ...et je le finit! Je suis initié, je suis un disciple de Robert Fortier! J'ai fait de l'exercice pendant 8 heures! Suis-je jeune ou vieux?, ordinaire ou extraordinaire?
 

Se Dépasser: (je peux le faire vite!)

Une chose est certaine, le Défi m'a prouvé que je pouvais, je ne suis plus arrêtable: l'été suivant, je fais mon premier triathlon (un sprint: 750m nage, 20K bicycle, 5K course) et mon premier marathon (42K course), les deux dans des temps très moyens, mais je sais que simplement être à la ligne de départ fait de nous des champions, des héros. Je fini ma saison avec un deuxième Défi, avec mes bons vieux 4 roues un peu plus qu'usagés, dans un excellent temps malgré des conditions assez difficiles: 5 minutes après avoir passé la ligne d'arrivée je pense déjà à comment je vais réussir à faire mieux l'an prochain. Qu'est ce qui t'arrive ptit vieux? Participer c'est pu assez? T'aimes pas ça voir les 5 roues devant toi? Tu regardes ton temps!?
 

Je Peux Compétitionner: (c'est pas le matériel qui va m'arrêter!)

2001: beaucoup de neige, beaucoup de ski de fond, de course à pied (jamais essouflé) de natation (100 longeurs, c'est pas un problème) j'arrête pas de l'hiver. Grosse saison de planifiée: marathon d'Ottawa en mai, triathlon sprint de Verdun, triathlon olympique de Montréal (1.5K nage, 40K bike, 10K course), demi-marathon de Montréal (21K), marathon de Toronto, Défi. Le Destin (guidé par l'ignorance de bonnes méthodes d'entrainement) décide autrement: je me suis entrainé trop et trop intensément pour Ottawa. Résultat, blessures aux pieds, je dois me résigner à abandonner le demi de Mtl et le marathon de Toronto. J'en braille presque, mais il me reste le DÉFI: mes blessures ne m'empêche pas de patiner. Après le tri de Mtl, il me reste 8 semaines pour m'entrainer. Je me lance à fond de train dans le patin: intensité, longue distance, sessions avec poids aux jambes. Je vise moins de 6:30H en 4 roues.

Dix jours avant le départ je suis prêt et impatient mais mes antiquités me font souffrir. Je me trouve des feutres usagés pour $5: le commis en voyant mes patins me dit d'un ton incrédule, "tu fais le Défi avec ça!" Je découvre l'aspect psychologique de l'entrainement: petit choc à ma confiance.

Quelque jours plus tard alors que je patine à haute intensité, un patineur me dépasse en me disant lâche pas! J'accélère à 95% d'intensité et je sais que je ne maintiendrai pas ce rythme là longtemps. Au bout de 10 minutes je le ratrappe: c'est un disciple de Fortier. On discute Défi, il me parle de ses patins à 4 roues allongés, ça fait toute la différence qu'il me dit. Oh oh, deuxième petit choc à ma confiance.

Dernier samedi avant le grand départ. Dernier long entrainement: mon sac à dos pour boire est percé. Vaut mieux aujourd'hui que pendant le Défi. Je le répare avec Krazy Glue et silicone: tiendra-t-il le coup? Troisième petit choc à ma confiance.

Pendant la semaine précédent le Défi, j'ai réduit l'entrainement et j'ai "carbo-loadé" (manger de façon à avoir beaucoup d'énergie). Je crois que je maitrise pas tout à fait le procédé parce que le matin du Défi je pèse 5 livres de plus que d'habitude: quatrième petit choc à ma confiance. [Carbo-loading implique qu'on mange plus de glucides mais moins de gras et de protéines -- les calories totales étant inchangées. Il est normal de prendre du poids temporairement, la plupart étant de l'eau. --RW]

5h55, c'est le grand jour: je vois des 5 roues partout, j'ai les jambes lourdes... 3,2,1... au moins 25 patineurs explosent en avant de moi et disparaissent aussitôt dans le noir. Peut-être mon objectif est un peu optimiste? Je suis bientôt rattrappé par le train de M. Willmot avec qui je patine pour quelque minutes: en avant d'eux c'est trop dur, j'ai l'impression de les ralentir; en arrière je vois pas ou je vais et c'est trop facile j'ai juste le gout de les dépasser. Rod me dit: ralentit, la course est jeune. Je suis son conseil et ils disparaissent à leur tour.

Oublie les grands objectifs Yves, je m'accote sur le petit vent devant moi, je pousse à droite, je pousse à gauche, je pousse à droite... tout va bien, je dépasse personne, personne me dépasse (sauf ce speedster retardataire, #53, qui passe à coté de moi à une telle vitesse que j'ai l'impression d'ètre arrêté).

Senneville, je dépasse mes premiers patineurs, 1, 2, 3, 4, puis un autre après avoir monté la côte, plusieurs 5 roues, bon pti boost pour le moral: je pousse plus fort. Boul Lalande je rejoins quelques autres patineurs. Un cycliste accompagnateur me dit que notre vitesse moyenne est de 20.9 km/h. Autoroute 13, MI-CHEMIN en 3:03: mon objectif est atteignable! A partir de là j'ai des ailes. Je continue à remonter, difficilement, quelques patineurs. Pousse fort à droite Yves, pousse fort à gauche... Vers la 102ème ave j'aperçois au loin 6 patineurs: une équipe de 2 (collant bleu royal), ils me semblent plutôt fatigués et le train de M. Willmot qui s'arrête au moment ou je le rejoint. Quel boost pour le moral, ça fait presque 100K que je les ai perdus de vue! Les endorphines et l'adrénaline coule à flots: le Défi c'est pas une course? Pour moi ça venait d'en devenir une! Encore plus quand le train me dépasse pendant ma pause. Je les repasse pendant que l'un d'eux s'étire le dos couché à terre puis je rejoins un dernier patineur: à quelle distance on est de l'arrivée? Environ 15K. Il a hâte d'arriver. Moi aussi: je clanche; Radio-Canada, Vieux-Montréal, Wellington: un 6ième sens me dit que le train s'en vient. Sprint final jusqu'à l'arrivée: 6:13!!! Six heures treize minutes! en 4 roues!

Je porte pas à terre. J'ai encore plein d'énergie. Tout ce que mon corps veut faire c'est continuer: à quand le Double-Défi Robert? Pour les malades parmi les fous.
 

Compétitionner: (c'est pour bientôt!)

2002: Cette année, j'ai 37 ans (je vous le jure! je rajeuni!), je vise 6 heures avec mes bons vieux 4 roues (est-ce possible?). L'an prochain quand j'aurai 35 ans, peut-être que je me paye une paire de 5 roues. Mais ça, c'est une autre longue histoire!

merçi mon amour pour mes patins

Yves Letalien


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