2001


Rapport - Bernard Doth

 

 

Je me suis levé à 3h30 le matin du Défi, car je voulais absolument déjeuner avant de partir. Mes deux invitées d'Ottawa, Jan Riopelle et Inga Britt Petri, voulaient absolument être à l'auditorium de Verdun à 5h00 pour s'inscrire et avoir le temps de se préparer sans être à la dernière minute. Je m'étais couché tard (23h00), mais l'énervement de l'événement a fait qu'à 1h00 je ne dormais toujours pas. Toujours est-il que j'ai pu dormir quelque peu. Il semblerait que ce soit souvent le cas, c'est l'adrénaline qui me stimule et une fois debout, je suis complètement éveillé et pas fatigué du tout. À 4h00 Jan, Inga et mon épouse Denise sont toutes debout, et c'est le départ une demi-heure plus tard.

Arrivé à Verdun à 5h05, j'ai beaucoup de temps pour me préparer. Il est déjà 5h55, nous nous dirigeons vers le départ. Où sont mes lunettes? Il est trop tard. Pourtant je les avais tout près de moi avant de partir, tant pis! En arrivant à la ligne de départ, je m'aperçois que j'ai mes lunettes dans ma main gauche. Non, non, non, je ne suis pas du tout énervé!! J'ai décidé de prendre le départ plus à l'avant cette année car je me suis aperçu durant la deuxième moitié de la course "Athens to Atlanta", qu'il me restait plus d'énergie que j'anticipais. Ayant fini A2A en 6:15, et le Défi de l'an dernier en 6:30, je me fixe comme but de terminer le Défi en six heures ou moins.

Quel beau moment, 5h59, il fait noir et il y a cette fébrilité partout dans l'air. Je regarde autour, plein de visages souriants, tous et chacun se souhaitant bonne chance et bon parcours. 10 secondes, 9, 8, .... Et c'est parti! Quelle belle sensation que de patiner à la quasi-noiceur. Il y a une fébrilité partout autour. Je me situe dans les quinze à vingt premiers, mais je dois faire bien attention, car les patineurs essaient de se hisser parmi les premiers et c'est un peu la cohue, mais ça se place. Nous sommes bientôt en file, un derrière l'autre avec quelques-uns qui se placent deux ou trois de large. Je suis quelqu'un avec des batons de ski de fond pendant un bout et je n'en peux plus, je le dépasse. Je patine parmi les premiers, et nous perdons des joueurs au fur et à mesure que le rythme s'accélère. Je me retrouve derrière Charles Beaudoin et Allison Turner qui occupent les deux premières places. Charles et Allison continuent à accélérer et me distancent quelque peu. Je continue à mon rythme et une fois bien réchauffé, je commence lentement à augmenter la cadence. Je me sens très bien, ce doit être le résultat de ma saison d'entraînement intensive qui fait que je me sens si fort. Pourtant avec ma laryngite qui traîne depuis plus d'une semaine, ça ne semble pas m'affecter même si j'ai de la difficulté à parler. Je ne m'en plaindrai pas. Je m'approche d'Allison et je la suis pour un bout et voilà que je la vois glisser dans les feuilles mais elle se relève et poursuit. Je la rejoins, Charles est quelque part plus loin en avant et hors de vue. Un ou deux kilomètres plus loin, Allison me demande de détacher son dossard pour qu'elle puisse se nettoyer le genou. Je m'aperçois qu'elle saigne. La petite glissade qu'elle avait faite dans les feuilles et que je croyais sans conséquence, la gênait beaucoup et elle saignait abondamment. Je lui offre une débarbouillette que j'ai apportée pour m'éponger la sueur du visage. Nous continuons et rejoignons Charles quelques kilomètres plus loin. À partir de ce moment, nous patinons à trois, Lachine, Dorval, Beaconsfield. Tout va bien et Charles me demande souvent si ça va. Ça va bien et j'en suis agréablement étonné. C'est la première fois que je me pousse aussi fort, mon approche habituelle étant avant tout de m'assurer de finir. Mon problème est que je finissais souvent avec beaucoup d'énergie en réserve. Nous voilà maintenant à Senneville, la route est raboteuse et la côte nous attend. Il me semble que c'est moins pire cette année. Et nous poursuivons et les kilomètres passent rapidement. À Pierrefonds, nous sommes accompagnés d'un petit chien qui nous court après en se défonçant les poumons à japper.

Rendu à Montréal-Nord, dans les environs du pont Pix-IX, je commence à sentir le rythme me rentrer dans le corps. Je sens qu'il faut que je ralentisse un peu. Mais voilà que deux amis à Charles me rejoignent en vélo et je leur indique que Charles et Allison sont tout juste devant. J'accélère de nouveau pour les rejoindre, mais ce ne sera que pour une courte durée. De retour sur Gouin après le Barrage sur la Rivière-des-Prairies, je les laisse lentement me distancer. Je les suis et les garde à vue jusqu'aux environs de Rodolphe-Forget. À partir de ce moment, je ne verrai plus un autre patineur avant l'arrivée. Je connais bien la piste du Boul. Gouin, et je me sens chez moi, fatigué mais en paix avec moi-même. Je suis habitué de m'entraîner souvent seul, alors il faut tout simplement pas trop relâcher le rythme. Arrive ensuite le bout de l'Ile, Sherbrooke et la rue Famille Dubreuil. Je vois le matériel du bénévole par terre, mais il n'est pas là. En traversant la voie ferrée avant de tourner pour prendre la piste cyclable, j'ai failli perdre l'équilibre et tomber. Mes jambes étaient tellement tendues que le simple geste de vouloir sauter au-dessus des rails a failli me faire prendre le décor. Par la suite, je me secoue les jambes pour me détendre. Un autre problème vient m'encombrer, le vent. D'ici la fin, j'essaie de me concentrer sur ma technique, les environs, la piste, tout pour me distraire du vent. Il sera long ce dernier bout. Sur Notre-Dame dans un stationnement près de Georges V, mon épouse m'attend avec des ravitaillements et me dit que Charles et Allison sont à peine 10 minutes en avant. Encouragé par la bonne nouvelle, je reprends ma route de plus belle, déterminé de rentrer avant midi. La piste le long de Notre-Dame a été péniblement longue, le vent n'aidant pas du tout. Une fois sur René-Lévesque, je me sens encouragé, le Vieux Port passe vite et j'accélère la cadence. C'est enfin la rue Wellington, je sens la fin et j'accélère encore mais je sens également que le fond de mes réserves n'est pas très loin, alors j'essaie de bien jauger mes efforts jusqu'à la fin. Je vois enfin l'école et la piste cyclable de nouveau. Et finalement je vois l'arrivée et Mme Fortier et je sais que ça y est. J'y suis enfin arrivé, en 5:39 en plus, je suis extatique. Je vois Charles et Allison, et on se félicite mutuellement. Ce sera le couronnement d'une très belle saison de patin.

Quelle belle épreuve et tout cela grâce à l'acharnement et au dévouement d'un individu, Robert Fortier, sans qui nous ne pourrions pas vivre cette merveilleuse aventure. Merci Robert et Mme Fortier ainsi qu'à tous les bénévoles qui font du Défi de L'Ile de Montréal, un événement de première classe et bientôt de classe internationale!!!

Bernard Doth


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