2002


Rapport - Eric Bui-Quang

 

 

[Traduction de Renaud Nicolas]   J'aimerais commencer par un message à tous ceux et celles qui n'ont jamais fait le Défi et qui se sentent intimidés par le fait qu'il n'ont jamais des personnes avec l'intérêt ou la capacité de faire des longues distances dans quelque discipline que ce soit.

Bien que passablement jeune et actif, je ne me suis intéressé que très récemment à l'entraînement pour les épreuves d'endurance. Seulement 5 semaines avant le Défi, j'ai lu un article dans la "Gazette" qui a attiré mon attention. Pour une quelconque raison, l'idée de patiner pendant 128 km avec une bande d'hurluberlus m'est apparue "intéressante" au sens masochiste du terme, d'autant plus que je ne patine jamais plus de 4 à 5 fois par année. Par curiosité j'ai consulté l'excellent site de Rod, qui contient une mine d'informations et de conseils qui n'ont fait qu'attiser mon désir de participer au Défi. Je venais tout juste de commencer à courir sur le Mont-Royal afin de me préparer pour la saison de Hockey et j'ai décidé d'inclure à mon programme de longues sessions de patin, les fins de semaines, afin de voir comment je m'en tirerais. Avec mes premier patins, achetés il y a deux ans, j'ai fait deux premières randonnées de 40 et 60 km sur le circuit Gilles-Villeneuve et tout s'est bien passé. J'ai donc décidé de m'inscrire à la course avec l'objectif de finir sous les 8 heures. J'ai poursuivi l'entraînement jusqu'à la dernière semaine avant le Défi, tout en m'assurant d'être reposé et d'avoir fait le plein de glucides.

J'ai remplacé mes roues de 76 mm (jamais permutées) pour des 80mm, 82A, ainsi que mes roulements (qui n'avaient jamais été nettoyés!) que j'ai achetés chez Kinecor, un fournisseur de pièces industrielles, pour la modique somme de $20 au lieu de la somme exorbitante demandée par les boutiques de sport.

Bien que réveillé à 4h40, le matin de la course, j'ai tout de même réussi à manquer le départ de 6h00. J'ai pris le départ cinq minutes après tout le monde simplement parce que je me suis égaré en me rendant à l'Auditorium de Verdun et j'ai été retardé par un petit bouchon dans le stationnement. J'ai donc mis tous mes espoirs dans mes patins et je suis parti sans réchauffement ni étirement aucun dans la pluie. Et quelle pluie. J'ai découvert combien les objets devenaient glissantes quand ils étaient mouillés: les ponts de bois, les feuilles et même la peinture des lignes sur la chaussée. Je m'étais habillé beaucoup plus chaudement qu'à l'habitude avec des pelures faciles à enlever... que je n'ai jamais enlevées. En prévision d'une randonnée prolongée dans des conditions humides, j'avais enfilé mon coupe-vent en Gore Tex par dessus une laine polaire, au détriment de l'aérodynamisme et de la légèreté, sachant pertinemment bien que l'humidité dans des température froides est véritablement l'ennemi à combattre.

J'ai rapidement rattrapé quelques patineurs et j'ai rencontré un couple fantastique (Jocelyn et Stéphanie) qui roulaient à bonne allure. J'avais réussi mon temps de parcours après la première section mais j'avais dû laisser le couple derrière. Pour la plus grande partie de la section 2, j'ai patiné avec un homme, son neveu et une femme (en jeans et veste de cuir) qui ont été d'excellente compagnie, mais dont je ne me souviens pas des noms. Je roulais assez allègrement malgré la pluie jusqu'à ce que j'aie atteint cette foutue côte de Senneville puis l'asphalte tellement rugueux qu'on se demande si il n'a pas servi de zone d'entraînement pour les militaires envoyés en Afghanistan. J'ai commencé à rattraper plusieurs patineurs en leur souhaitant la meilleure des chances. Lorsque j'ai quitté la zone agricole et atteint le boulevard Pierrefonds dans la section 3, des organisateurs du Défi (était-ce Robert?) dans une camionnette toute confortable m'ont dépassé et m'ont pris en vidéo. Mon pied gauche a commencé à me faire mal et j'ai commencé à douter de ma capacité de finir. Mais une heure plus tard, la douleur était disparue, sans trop que je sache pourquoi. Bien que grandement démoralisé par l'idée d'avoir encore les deux tiers du parcours à faire, j'ai continué à patiner et j'ai atteint le boulevard Gouin, soit environ la moitié du parcours.

J'ai fini par atteindre le pont Pie IX à la section 4 où j'ai rencontré mon ami, et sauveur, Paxton qui a accepté de m'accompagner à bicyclette sous la pluie, pour les dernier 50 km du parcours. C'est tout un service à rendre à un ami et il me faut avouer que de finir la course sans lui aurait été maintes fois plus difficile. Puis nous avons contourné la pointe Est de l'île à Pointe-aux-Trembles dans un temps qui me permettait de finir dans un délais intéressant... Il ne restait qu'à faire face au vent de 20-30km/h. C'est à ce moment que j'ai manqué de Gatorade dans mon sac à dos. Bien qu'ayant une autre bouteille dans mon sac, je trouvais trop compliqué de la sortir à chaque fois et j'ai donc cessé de boire et de manger, considérant que j'avais accumulé suffisamment de réserves pour 2 heures. Grave Erreur. À peine rendu sur le "merveilleux" boulevard Notre-Dame aux alentours du stade olympique, je me suis retrouvé épuisé et j'ai pensé à tout simplement m'étendre sur le sol, dans la boue et la pluie. J'ai finalement opté pour un "pause vessie", avalé un barre énergétique et bu presque toute ma réserve. Une autre patineuse m'a dépassé et j'ai décidé de la suivre. Lorsque j'ai atteint le centre-ville, j'ai senti mes forces revenir, tant et si bien que rendu dans le Vieux Port, je visualisait la ligne d'arrivée et j'ai donné le tout pour le tout avec le support de Paxton. J'ai terminé juste derrière la patineuse à laquelle je m'étais accroché (qui s'est avérée être Sue Hayward, celle qui était responsable de l'article lu dans la "Gazette" et à l'origine de ma participation au Défi!).

Je suis très satisfait de mon temps final de 8:17 (8:12 si l'on enlève les 5 minutes perdue au départ), mais déçu d'être passé si près d'une médaille d'or. Le plus important est la satisfaction d'avoir accompli quelque chose que j'aurais en d'autres temps considéré comme absurde. A mon avis, tous ceux et celles qui ont eu la détermination de terminer malgré la pluie et le froid (et la noirceur pour ceux qui ont persévéré même au delà des 12 heures réglementaires) méritent reconnaissance et respect!

Merci Rod pour avoir mis sur pied et pour entretenir un site web aussi riche, qui rend l'événement accessible a tous.

Merci Sue. Je ne t'ai jamais parlé mais je te dois beaucoup pour m'avoir fait connaître le Défi.

Un énorme merci à mon copain Paxton qui a tout fait pour que je n'envisage pas l'abandon.

Et le plus grand de mes remerciements à Robert et son équipe de bénévoles qui m'ont donné l'opportunité de me définir à travers cette épreuve si enrichissante.

Eric Bui-Quang


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