2002


Rapport - Ghislain Pelletier

 

 

[Trad. R. Nicolas]  Mon premier Défi s'est avéré être l'épreuve la plus difficile à laquelle il m'ait été donné de participer. N'ayant jamais participé à une épreuve d'endurance, je n'avais aucune idée de la prépondérance de l'aspect mental sur l'aspect physique dans ce genre d'activité. À 5h50 le matin de l'épreuve, suite aux encouragements de mon ami et collègue de travail Renaud Nicolas, j'ai décidé de plonger et de m'inscrire au Défi. Dans les jours qui ont précédé, nous avions pourtant convenu lui et moi qu'en cas de pluie nous ne patinerions pas, mais nous nous rencontrerions tout de même à l'Auditorium le matin du départ. Je fus donc surpris de voir Renaud m'informer à son arrivée sur le site qu'il participait à l'épreuve malgré les conditions météo.

Au plan mental, ma course à mal débuté puisque j'ai pris le départ 10 minutes en retard. Lors de ma préparation, j'avais pourtant prévu partir avec le groupe et au cours des deux semaines qui avaient précédées l'épreuve, j'avais visualisé à plusieurs reprises la ligne de départ. "Messieurs veuillez démarrer vos moteurs..." Cette première déception combinés aux conditions météo plus adaptées à une course de canards qu'à une randonnée de patin m'ont fait réaliser soudain dans quel merdier je m'étais embarqué.

Les premières sections m'ont permis de constater que mes patins pourraient tenir le coup dans la pluie. Le sentiment d'isolement vécu lors de mon départ en solitaire s'est quelque peu estompé lorsque j'ai doublé quelques patineurs. Au premier point de contrôle j'ai réalisé que j'étais 5 minutes en avance sur mon temps cible. J'étais très fier! Je n'atteindrais plus jamais cet état de béatitude au cours de l'épreuve simplement à cause de l'alternance continuelle du confort de mes pieds entre un état "humide-frais" à celui de "détrempé-glacé" à chaque traversée de marres d'eau. Ajoutez à cela les lames de fond projetées par les poids lourds sur le boulevard Pierrefonds et vous avez tous les éléments pour vous ramollir le moral.

Je m'inquiétais souvent de m'être égaré, d'avoir perdu de vue les repères identifiant le tracé du Défi tellement j'étais absorbé par mes pensées. Je n'avais pas prévu non plus devoir patiner pendant d'aussi longues périodes sans apercevoir d'autres patineurs. La vue de d'autres participants affrontant les éléments me réjouissait. Faut-il être dérangé pour faire un telle chose? J'aurais bien aimé entendre les réactions des gens le long du parcours qui nous voyaient passer, poussés par cette détermination de terminer.

Au troisième point de contrôle, j'étais toujours dans mes temps. J'en étais particulièrement fier. J'avais encore amplement de réserves et la seule ombre au tableau était que j'avais les pieds et les mains gelés. Le préposé au point de contrôle m'informa que d'autres patineurs ne me précédaient que de quelques minutes. Puisque je ne connaissait pas du tout le secteur, j'étais bien content de les rejoindre. Je les ai suivis pendant un bon bout de temps.

Entre le 3e et le 4e point de contrôle j'ai senti une fatigue soudaine. Les temps ne m'intéressaient plus. Mes jambes étaient raides et j'avais le moral à plat. Le fait de suivre les autres patineurs m'a tout de même permis de conserver une bonne allure. Le territoire inconnu et le sentiment de désorientation m'agaçaient. Il y a plusieurs sections du parcours dont je ne me souviens pratiquement pas, en particulier durant cette période de découragement. Lorsque nous avons tourné en direction sud-ouest, après le passage sous le pont de l'autoroute #40 (Charles de Gaulle), la force du vent m'a fait douter sérieusement de ma capacité de finir l'épreuve. Ayant dédié mon Défi à 2 bons amis luttant contre le cancer je leur devais de finir. Je me suis donc promis de terminer. J'étais maintenant en "mode survie" et les choses ne s'amélioraient que pour de courtes périodes correspondant à une meilleure condition de la chaussée ou une brève accalmie du vent. Ces @#$ trottoirs glissants me mettaient en rogne. Je devenais de plus en plus agressif à chaque nouvelle embûche de ce foutu Défi!

Puis, lorsque j'aperçu au loin le stade olympique je commençai à retrouver de la force dans mes jambes et le moral revint à la hausse instantanément. Mes jambes et mon dos étaient très raides mais, enfin, je pouvais me repérer et j'avais le sentiment d'avoir suffisamment d'énergie pour terminer! Mon niveau d'énergie augmentait au fur et à mesure que je me rapprochais de la fin. Boulevard René-Lévesque, Berri, le Vieux Port, la piste cyclable qui m'était familière, la rue Wellington, et, enfin, la ligne d'arrivée. Quelle montée d'émotions. Et cet accueil à l'arrivée! Ce fut un moment d'une intensité exceptionnelle, plus fort que tout ce que j'avais connu à date en jouant au base-ball ou au hockey.

Cette épreuve a été un défi psychologique comme je n'en avais jamais vécu auparavant. Un énorme Merci à l'équipe des bénévoles et aux participants pour leurs encouragements et leur dévouement. Sans votre support, vos sourires et vos encouragements ça aurait été doublement plus difficile.

Ce qui m'a permis de terminer:

Pour l'année prochaine (j'ai tellement hâte!):

Le Défi fut une épreuve éreintante; je l'ai vécu personnellement et j'ai pu le constater sur les visages et dans les commentaires des participants que j'ai rencontrés tout au long du parcours. Tous ceux et celles qui ont pris le départ ce matin-là sont des champions. J'ai commandé pour l'an prochain du soleil, aucun vent, et un temps doux. Espérons que quelqu'un à entendu l'appel.

Ghislain Pelletier


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