2002


Rapport - Katia Bilodeau

 

 

On devait être vers le milieu du mois de juillet quand j'ai montré le site du Défi de l'île de Montréal à mon copain. Sa réaction a été simple: "T'es malade!" Prenant ça comme un compliment, il ne m'en fallait pas plus pour me convaincre d'y participer.

N'ayant jamais participé à une randonnée en patins, surtout pas de cette longueur, je me suis beaucoup informée, surtout sur le site du Défi, pour optimiser à la fois mon équipement, mon entraînement et ma technique. Pour l'équipement, ceci a inclus l'achat de nouveaux roulements à l'huile, l'apprentissage du nettoyage, trouver des bas qui seraient confortables même après quelques heures de patinage, etc.

Pour l'entraînement, je me suis assurée de faire le maximum de patinage possible. J'optais pour de l'entraînement en salle et de la natation les jours de pluie. L'expérience de cette année m'a montré que j'aurais dû essayer au moins une ou deux sorties lors d'une averse, question de savoir à quoi m'attendre au lieu de m'initier le jour même. La liste d'erreurs qui suit en est la preuve...

Pour la technique, mes recherches ont été vaines pour me trouver un instructeur dans la région de Québec. En fait, j'ai trouvé un connaisseur la semaine avant le Défi. Je n'ai donc pas réussi à faire le fameux double-push, mais j'ai tout de même réussi à développer un coup de patin qui me permettait d'avancer rapidement sans trop d'efforts. Je me suis rendu rapidement compte lors du Défi que ce n'était pas tellement efficace sur chaussée mouillée, ce que j'aurais dû expérimenter avant (première erreur). En effet, une trop longue poussée occasionne un trop petit contact avec l'asphalte lors de l'extension et donc un dérapage. De plus, on passe inévitablement sur les lignes au centre d'une piste cyclable, et celles-ci sont affreusement glissantes lorsque mouillées, surtout les neuves. Si ça avait été mon seul problème, ça n'aurait quand même pas été si terrible.

L'appréhension de la journée du Défi a débuté dans mon cas quand les météorologistes ont commencé à annoncé les prévisions à long terme pour la journée de samedi. Vous vous en doutez, il s'agissait de pluie. Je me suis alors dit qu'ils se trompaient, comme d'habitude, d'autant plus que du beau temps était prévu pour vendredi et dimanche. Au fur et à mesure que la semaine avançait, j'ai commencé à me faire à l'idée et à me dire que je devais me préparer en conséquence. J'ai donc eu droit à un second "T'es malade!" suite à ma décision de participer malgré la pluie. Je me disais qu'avec tous les efforts que j'avais fait en prévision du Défi, je ne pouvais pas laisser un peu d'eau m'empêcher de partir.

Premièrement, je devais trouver une solution de rechange à mes nouveaux roulements que je souhaitais conserver intacts. J'ai donc démonté mes vieux patins (les premiers K2 avec des soft boots) et fait l'achat d'espaceurs (la pièce entre les roulements) compatibles avec mes patins actuels (des Salomon TR-9). J'ai ainsi monté des roues de rechange qui pouvaient remplacer rapidement mes bonnes roues le jour ou la veille du Défi si la pluie devenait incontournable. Je voulais éviter le maniement des bearings juste avant le départ. Le problème, c'est que mes anciennes roues avaient un diamètre de 70 mm à l'achat et une dureté de 82A (eh oui, deuxième erreur). En y repensant bien, ceci a vraiment été une erreur de débutant. Sur piste cyclable, ce n'était pas si grave, mais lorsque j'étais dans la section très rugueuse à la fin de la deuxième étape, j'ai vraiment vu à quel point des petites roues dures sont horribles pour le confort. Aussi, les rugosités ralentissaient davantage mon élan en raison du plus petit diamètre de ma roue. Le fait que mes vieux roulements soient des ABEC 1 pas tellement bien lubrifiés n'a pas aidé non plus, mais avec les conditions qu'on a eu ça ne faisait pas une si grande différence et ma conscience (surtout financière) s'en est portée beaucoup mieux. Comme quoi je n'ai pas fait que des erreurs!

Ma seconde préoccupation envers la pluie était celle de rester le plus au sec possible. J'avais donc amener un imperméable, un sac de vidange, des petits sacs et du duct tape pour conserver mes patins et mon corps au sec. Je me croyais alors prête à toute éventualité, sauf la neige, mais c'était seulement dans ma région qu'ils en annonçaient. J'aime mieux ne pas penser à ce que ça aurait été! Mais assez parlé de ma préparation, voyons maintenant le déroulement de la journée en question.

Tout d'abord, mon sommeil a été horrible. J'avais tellement peur de passer tout droit que j'avais mis deux réveils-matins. Malgré tout, je me réveillais aux demi-heures pour regarder l'heure. J'ai donc cumulé environ quatre heures de sommeil, mais j'étais tellement sur l'adrénaline que ça n'a ne m'a pas vraiment dérangé. Ainsi, après m'être levée à quatre heures, j'ai mangé de peine et misère et je suis partie à 4h50 pour être certaine de ne pas être en retard. J'ai trouvé très facilement l'endroit et j'ai commencé à m'étirer.

Une demi-heure avant le départ, il ne pleuvait vraiment pas beaucoup et les dernières prévisions que j'avais entendues étaient de la pluie passagère. J'ai donc laissé mon attirail contre la pluie dans ma voiture en pensant que mon coupe-vent ferait l'affaire et que j'aurais trop chaud avec quelque chose de trop étanche. Vous êtes ici témoins de ma troisième et pire erreur. Mes patins sont restés secs pendant environ une demi-heure et mon manteau, environ 2 heures. Ceci a été à peu près ma durée de confort (ce type de confort étant relatif). Après 2h30, mes patins étaient devenus des piscines et j'étais aussi trempée que c'était possible. Après 3h00, j'ai commencé à sentir un début d'ampoule sous mon pied. Mes bas étant entièrement imbibés d'eau, ils avaient perdus tout leur confort. (Je les conseille tout de même pour les sorties au sec, ce sont des Rohners spécialement pour le patin.)

En plus du danger d'hypothermie, il y avait aussi celui des chutes. Dans mon cas, l'adhérence réduite avec l'asphalte, le fait de ne pas connaître le trajet, les feuilles qui cachaient les obstacles et la noirceur matinale m'ont rendue très nerveuse durant la première heure. Ceci s'est aggravé lors de ma première chute environ 15 minutes après le départ. Je suis tombée en raison d'un trou dans la piste que j'ai aperçu trop tard. Quelques secondes avant moi, une autre patineuse avait d'ailleurs chuté au même endroit et nous ne sommes sûrement pas les seules. Pour ma part, j'ai eu de la chance, car j'ai réussi à me jeter sur le gazon et à m'en sortir seulement avec une bonne frousse. Ma seconde et dernière chute après 1h45 n'a pas été aussi "agréable". C'était alors dans une rue et j'avais un peu trop repris confiance. Mon patin gauche a glissé sur la ligne jaune de la rue en même temps que mon patin droit faisait de l'aquaplanage sur une flaque d'eau. J'ai été incapable de reprendre mon équilibre et je suis tombée sur ma cuisse droite. Malgré la douleur, je suis repartie et ça s'est estompé rapidement. J'ai compris par la suite que c'était parce que ma peau était entièrement gelée que je ne sentais plus rien.

Étant de plus en plus gelée, j'avais de moins en moins d'énergie et ma cadence en a beaucoup souffert. J'ai alors perdu de vue ceux avec qui j'ai roulé (que j'aimerais aussi remercier pour les indications et les encouragements lorsque j'avais hâte que le soleil se lève). Le manque de motivation n'a pas tardé à venir et puisque j'étais un peu confuse, j'ai aussi oublié de manger régulièrement, ce qui n'a pas aidé mon petit corps à maintenir sa température. La dernière fois que j'ai mangé, j'avais tellement les doigts gelés que j'ai dû demander de l'aide à une autre patineuse pour ouvrir l'emballage (merci encore!).

Lorsque je suis arrivée à la fin de la deuxième étape, vers 9h05, j'ai frappé un mur au milieu de la côte. Je me suis assise sur la chaîne de trottoir pour manger et je me demandais alors pourquoi je m'imposais ça. J'étais gelée, trempée, je grelottais, j'étais assise presque sur un bloc de glace et je n'en voyais plus le bout. Un patrouilleur est alors passé et m'a appelé une voiture. J'étais à peine à 2 minutes de la fin de l'étape, mais je l'ignorais. Je suis entrée dans la voiture dans l'idée de me réchauffer et de décider de ma poursuite ou non de la randonnée une fois que j'aurais les idées claires. J'ai alors enlevé mes patins et une partie de mon linge mouillé et glacial. Après 15 minutes à grelotter, j'ai regardé mes patins trempés et j'ai su que je ne pouvais plus les remettre. C'était une question de santé et je devais passer par dessus mon orgueil et mon but premier pour mon bien. Des amis sont venus me chercher et après une autre demi-heure de chauffage au maximum dans une voiture (désolée pour les autres occupants!), une douche chaude et en plus un bain très chaud, j'ai enfin arrêté de geler. J'avais retrouvé mon énergie, mais mon moral n'était pas à son meilleur, car je déteste abandonner. Une amie a su trouver les mots justes pour me réconforter : "T'as fait 50 km dans la marde, c'est déjà pas mal bon!"

Je suis heureuse de ma participation au Défi parce que j'ai appris beaucoup, surtout qu'il n'y a rien de plus traître que des vêtements trempés. J'ai déjà fait de la compétition de biathlon et même à -25°C je n'avais jamais autant gelé.

Tout ça pour dire que je suis deux fois plus motivée pour le Défi de l'année prochaine. Mais je me permettrai d'hésiter au départ s'il pleut...

Finalement, un gros bravo aux organisateurs, aux bénévoles et surtout à ceux et celles qui ont fini! Aussi, un merci tout spécial aux bénévoles qui m'ont ramassée, qui m'ont prêté du linge et qui ont eu très chaud avant que mon transport arrive. Ça a été très apprécié.

Katia Bilodeau


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