2002


Rapport - Pat Gauthier

 

 

Juillet 2002, par un superbe après-midi, patinant allègrement pour la première fois sur les pistes cyclables de Montréal, parti du Vieux Port me rendant vers les écluses, j'ai été surpris par un petit dépliant de couleur qui me rendis songeur pour les 30 km que j'ai parcouru cet après-midi là.

De retour chez mon frère à Laval, je lui ai fait part de ma découverte. Lui explique sommairement le contenu du dépliant, et sur un ton sérieux me dit: "Si tu veux le faire je t'accompagnerai" -- étant lui-même un adepte de triathlon, les longues distances y'a rien là. Je me donne un temps de réflexion puisque la plus longue distance que j'avais parcourue jusqu'à maintenant était d'environ 40 km. Là où je demeure à Trois-Rivières la piste cyclable principale à tout juste 10 km, donc on doit se taper plusieurs aller-retour pour couvrir un gros kilométrage, par contre une piste agréable pour se permettre un peu de vitesse.

Donc fallait trouver le rythme idéal pour être capable de résister au 128 km que ce Défi proposait. J'entreprends un premier 60 km au mois d'août, 2 hrs 25min, pas si pire malgré la chaleur, faut juste s'hydrater adéquatement. J'essaie plus tard avec 80 km, 3 hrs 20 min, bien, mais j'ai manqué de gaz au 70e km sans compter ampoules aux chevilles, bas du dos raide et genoux encore plus raide, ça va être comment 128 km????????????? Le temps de me remettre, une petite semaine plus tard et on recommence, encore 80 km à un rythme un peu plus bas que le premier, 3 hrs 40 min encore des ampoules aux chevilles, pour le reste la mécanique tient bien le coup. J'aurais aimé parcourir la distance complète au moins une fois mais le temps m'en a empêcher. Bref voilà ma décision, comme vous pouvez vous l'imaginer, je participerai au Défi du 19 octobre 2002.

Une semaine avant le départ, scrutant minutieusement le canal météomédia pour savoir si nous serions en costume de bain ou en habit d'ours polaire (les deux costumes était de mise, pluie et froid!!!), les prévisions n'était guère encourageante, ça regarde mal, bof ça peut changer!!!!!! 3,2,1 jours avant, pas de changement, pluie frette et pluie frette, encourageant, je suis du type patineur d'asphalte avec température agréable, j'étais loin, très loin de mes conditions idéales.

Enfin samedi matin, la nuit fût plutôt courte, dehors c'est le déluge, j'ose quand même croire que ça va passer et que ce sera une journée extraordinaire. On se prépare (ah oui, mon père et mon frère ont embarqué dans mon histoire et vont me suivre pour ce Défi). Direction Verdun, de Laval, la pluie semble avoir diminué considérablement, je m'étais dit que s'il était pour pleuvoir je ne le ferait pas! Que de menterie, aussitôt arrivé à l'Auditorium l'adrénaline (je vous jure) commence à monter, à voir tous ces patineurs se préparer, s'étirer, se réchauffer, une magie s'exerce et là tu ne peux plus reculer, t'embarque dans la game.

Décompte, 5,4,3,2,1 et voilà c'est parti YAHOU!!!!. Tout juste en avant de moi, plusieurs bolides de course s'élancent (excuser mon expression pour ceux que je cite ainsi, mais je suis très impressionné par la vitesse de ces gens). J'accélère mon rythme, m'habitue aux conditions (pas évident une ligne jaune mouillée, des feuilles et des flaques d'eau), patineurs du dimanches faites-vous-en pas, la technique s'apprend vite, croyez-moi!!!

Pour l'instant tout va bien, déjà je commence à voir des patineurs au loin (malgré la noirceur du matin), non probablement pas ceux que j'ai vu partir à grande vitesse puisque ceux-là ça fait un bout de temps que je les ai perdus de vue, enfin je rejoins un patineur, Let's go! - C'est formidable - Bonne Chance et je continue. (J'oubliait, mon père et mon frère m'ont finalement rejoint, étant partis derrière le groupe de patineurs ils ont mis un temps fou à me rejoindre, ils sont plus essoufflés que moi, ils me disent que nous roulons à 26-27 km/heure, pas pire.) C'était bien beau vouloir rejoindre ceux qui sont en avant, mais voilà qu'au 20e km je me sens souffler dans le dos, un groupe de patineurs me suivent pensant peut-être que je voulais faire du relais. Après 5 minutes je commençais à traîner un peu, j'ai dû rétrograder et embarquer dans le jeu de relais, et malgré mon inexpérience j'ai adoré cette courte expérience de rouler à plusieurs, malgré le rythme saccadé (excuses-moi Mehdi, Oui je faisais parti de ce petit groupe dont tu fais mention), je devrais prendre des cours par correspondance pour cette technique! Ce fut malgré tout un moment merveilleux de ce Défi. Continuant ainsi notre chemin, nous sommes arrivés au pont de l'autoroute 40, et avons dû tourné à gauche sous le pont (indiqué par un employé de la voirie). Malheur, nous sommes arrivés dans une partie de stationnement pour handicapés peinturé en bleu, nous étions 5 et tous nous avons glissés et chutés -- incluant je crois, Pan, qui lui glissait sur le boardwalk le long du fleuve. Crampes dans les mollets, les quadriceps, le party était fini, le petit groupe était maintenant disloqué, enfin je dois continuer, ça ne fait que commencer.

Pour mon premier Défi je n'étais pas au bout de mes peines. Voilà la fameuse petite montée que j'avais si hâte de voir, celle-là ne faisait pas parti de mon entraînement et j'y ai perdu beaucoup de temps et qui plus est M. Medhi Cherif m'a doublé (gentil monsieur, quelques mots d'encouragement et le voilà parti). Nous voici rendus sur la chaussée, la pire du circuit (d'après-moi les gens ne paient pas beaucoup de taxes dans cette partie de l'île?).

Je rejoins un autre patineur qui semble avoir des difficultés avec ses patins (superbes d'ailleurs). Il fait un bout avec moi mais il doit céder, quelque chose cloche. (Je le reverrai à la fin, n'ayant pas pu terminer, à cause du chassis en aluminium d'un de ces patins qui a cassé.) Enfin la partie rugueuse est terminée et la deuxième section aussi.

Troisième section, début de la civilisation, ma conjointe vient me rejoindre et me suit pour quelques kilomètres en prenant quelques photos (Il semble pleuvoir sur ces photos?). Mes partenaires ne lâchent pas, une chance! Je dois m'arrêter dans un Abribus le long du blvd Gouin; j'ai une cheville qui me fait mal (ampoules), on en profitent pour changer de bas, mettre des molefoams aux endroits sensibles mais malheureusement tout le matériel dont nous disposons est détrempé, rien ne colle, les bas sont inondés, bref je remets les mêmes bas et nous continuons. Tout le long du blvd Gouin tout se déroule bien à part les douches provoquées par les véhicules. La fatigue commence à se faire sentir et le froid nous gagne; même si nous essayons en augmentant le rythme de nous réchauffer, rien n'y fait. On a dû commencer à arrêter pour uriner puisque aucune sueur ne se dégageait de nos corps. Enfin un point de services où de brave gens nous offrent le chocolat chaud. My God comme ça fait du bien, jamais un chocolat chaud m'aura rendu heureux comme ça! Avec nous un patineur qui était légèrement vêtu -- short et t-shirt -- a dû arrêter à ce point de service; il avait l'air complètement gelé.

L'expression après les 80 km que l'épreuve commence ici, vous semble farfelue? Non, c'est vrai, surtout avec la température c'est l'endroit où j'ai commencé à me poser de sérieuses questions sur ma poursuite de l'épreuve, je pensais que j'étais fou. Déjà 4 hrs 15min depuis le départ, je vous l'avoue à ce stade-ci le soutien moral y est pour quelque chose. Oubliée la douleur aux chevilles, au dos, au froid qui transperce tout votre corps, il n'y avait plus aucun endroit sec sur toute la surface de mon corps. Sans le soutien moral de mon père et de mon frère qui m'encourageaint à continuer, Let's go Pat, Ça va bien, Lâches pas, Il en reste 40, 30 ,20... j'aurais probablement cessé! Enfin... Voilà rue Notre-Dame, pas fameuse cette partie de circuit, même si la fin approche. Ici il faut des Power Gel pour te permettre de finir avec un peu de jus dans les pattes. Ça va mieux, on approche, les raffineries, le tunnel, le stade, voulez-vous bien me dire qui a pensé mettre du pavé uni au début et à la fin de ces satanés bouts de piste cyclable? Y'a sûrement pas pensé qu'une gang de maniaques y était pour être sur la fin d'un parcours de 128 km. Cette partie m'a presque tué, mes chevilles n'en pouvaient plus de se faire onduler comme ça, sans compter les lacs, rendu là c'est des skis nautiques dont j'aurais eu besoin! AHHHHH voilà le Pont Jacques-Cartier et tout le reste, yehhhh! une partie de la piste que je connais (début de mon histoire), rue Wellington. Allez, on y met toute la gomme pour finir en beauté. J'aperçois ma conjointe au loin dans le camion qui appuie sur le klaxon pour m'encourager. Rendu ici les émotions sont à fleur de peau, réalisant ce que je vais réussir, mon père, mon frère qui m 'ont suivi en vélo tout ce temps, bravant tout comme moi ce délicieux et sucré périple de 128 km.

Enfin voici l'arrivée et ces généreux bénévoles qui ont été là à plusieurs endroits pour nous supporter. YEHHHHHHHH c'est fini, temps 7 hrs 14 min, 11e position, très surpris puisque de nombreux patineurs excellents n'ont pu terminer.

Merci spécialement à mon père (qui célébrait 5 jours plus tard son 57e anniversaire, et à mon frère (avec son expérience en compétition et nutrition), qui m'ont soutenu tout le long, et à ma conjointe, qui avec sa présence au 50e km, m'a donné un regain pour continuer. Merci à M. Rod Willmot dont j'ai fait lecture, via le site du Défi de l'Île de Montréal, de précieux et nombreux conseils. Merci à M. Robert Fortier et à toute sa merveilleuse équipe.

J'ai su relever ce Défi, ça fait du bien en dedans, pour l'ego et tout le reste. Si vous lisez ceci et que vous n'avez jamais osé essayer faire une petite ride de 128 km, allez-y, ça vaut la peine. À l'an prochain!

Pat Gauthier


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