2002


Rapport - Ralph Hartmann

 

 

Bien que je me sens comme un vétéran, vu que c'était mon quatrième Défi d'affilée, mon plan pour la journée ne s'est pas déroulé comme j'aurais voulu. Afin de battre mon temps de l'an dernier, j'ai décidé de commencer très vite. Oui, je connais l'histoire de la tortue et du lièvre (lent et constant gagne la course), mais j'avais mes raisons. Tout d'abord, la première section m'est très familière, parce que c'est là que me traîne toujours. Ensuite, puisque je patine souvent la nuit, la noirceur dans cette partie n'était pas un obstacle. Mon but était de rester avec le peloton de tête au moins jusqu'à la fin de Section 2 à Pierrefonds, et ensuite d'aller à une vitesse contrôlée pour le restant du parcours.

Malgré le froid et la pluie, ce fut un grand plaisir de patiner avec Charles, Allison, Simon (que je connaissais comme "coéquipier" de l'an dernier), Martine, et Said. Il n'y a rien comme la sensation de "voler" dans un peloton serré de patineurs de vitesse qui savent ce qu'ils font. À part quelques trébuchements sur des "serpents" à Lachine et Dorval, la route jusqu'à Ste-Anne me semblait aller très bien. Le seul moment difficile que j'ai eu a été là où le chemin était fermé sous le pont à Ste-Anne. Quelqu'un nous a dit de continuer sur un petit sentier le long des écluses. En faisant contact avec la piste en bois à côté de l'eau, j'ai complètement perdu tirage, et pour une fraction de seconde je me voyais glisser sous le garde-fou et dans l'eau. Heureusement, comme dans un bon film d'action, j'ai pu arrêter au tout dernier moment.

Repartis, nous avons repris le travail en nous approchant de cette fameuse colline à Senneville. Sans doute à cause du froid, ça faisait du bien de faire battre le coeur plus vite, et la montée fut presque aisée. La descente était du fun comme toujours, mais chaque année j'ai l'impression que cette longue section de chaussée rugueuse après est encore plus longue que l'année précédente. Quand enfin nous avons retrouvé le bon asphalte avant la fin de Section 2, je commençais à avoir de la peine. Mes yeux brûlaient (la pluie, la sueur, la crasse, la pollution, ou tout ça ensemble, qui sait?), mais j'ai fait un dernier effort de rester avec le peloton. Enfin j'ai réalisé mon but en arrivant avec eux, en 2 heures et peu, au début de Section 3.

J'ai laissé les "pros" continuer sans moi, et pendant quelques centaines de mètres j'ai reposé en prenant une collation. En même temps j'ai consulté avec des bénévoles dans une voiture de support. J'ai demandé si quelqu'un savait combien loin en arrière se trouvait le prochain groupe, car je ne voulais pas patiner seul. Personne ne savait, mais tout le monde pensait que nous étions plutôt loin en avant. C'est alors que la température a mise à mort ma stratégie. C'était dur psychologiquement de patiner seul dans de telles conditions. À un moment donné, sur le boul Pierrefonds, un camion m'a passé à grande vitesse, projetant un mur d'eau sur mes vêtements déjà mouillés. Par ironie, à cause d'avoir ralenti j'avais de plus en plus froid parce que je ne travaillais pas suffisamment pour me chauffer. Le fait de n'avoir plus avoir de patineurs coupe-vent avant moi ajoutait à cet effet.

J'ai poursuivi pendant 8 km encore jusqu'au coin du boul des Sources, mais ma journée était finie. Je me suis arrêté à un kiosque de téléphone pour dire à mon épouse et à mes enfants que j'étais toujours en vie, et quand j'en suis sorti je n'ai pas pu croire combien il faisait froid. Grelottant terriblement, j'ai eu la bonne chance d'apercevoir un taxi à une station service au coin. Ce chauffeur-là a été mon sauveteur -- lui qui m'a permis d'entrer dans son char, mouillé aux os et en patins. Trente minutes plus tard j'étais chez moi, où j'ai pris le bain le plus long, le plus chaud de toute ma vie.

Le Défi m'a vaincu cette annéee, mais c'est sûr que l'année prochaine je ferai mon mieux de revenir. Même si je n'ai pas terminé, ce n'est pas demain que j'oublierai ce que j'ai vécu ce jour-là.

Merci à Robert Fortier et à tous les bénévoles qui font de cet événement une expérience toujours inoubliable, que le temps soit beau ou pas.

Ralph Hartmann


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