2002


Rapport - Simon Côté

 

 

Tout d'abord j'ai commencé à penser au Défi en pensant constituer une équipe de 4 patineurs avec Rod comme l'an dernier. Je pensais améliorer notre temps de 45 min. Puis un dilemme se pose, mon fils Vincent sera en compétition de Tae Kwan Do le même jour. Père ou homme? Aller le voir ou faire le Défi? Lorsque je lui en parle, il me répond, "Va au Défi je vais te dire comment ça c'est passé!"

J'ai compris, le Tae Kwan Do est pour lui ce que le patin est pour moi, une passion, et ni l'un ni l'autre de nous voudrais priver l'autre. Puis Rod me fait part de sa décision de ne pas patiner avec moi et Dany. Car il n'a pas la force de l'an dernier. J'ai songé quelques temps à quelle façon je le ferais... J'ai pensé le faire en solo, histoire de me connaître vraiment. Puis au Canal de Soulanges une semaine avant le Défi Allison me parle du fait qu'elle voyait un peloton de tête avec ...moi compris.

Mon entraînement est fort, probablement à point, mis à part un doute d'une douleur qui m'accable lorsque je patine longtemps ou trop fréquemment -- diagnostique Neurome de Morton! J'ai patiné avec la gang de Roller-Montréal toute la saison. Une semaine avant le Défi: dernier entraînement au Canal de Soulanges, une journée agréable, pas trop chaude et venteuse. Après les 70 km de patinage pas mal fort, j'ai le pied gauche qui me fait souffrir...! Serais-je capable de compléter le Défi?

La semaine avant le Défi je suis à l'extérieur de la ville pour mon travail, et je travaille de longues heures et intensément, beaucoup de déplacements, un horaire chargé à bloc même que j'emprunte sur mes heures de sommeil pour arriver à tout faire. Pas grand temps pour visualiser le Défi ou planifier mes préparatifs. Le mercredi je fais un peu de jogging, environ 7 km, juste pour garder les muscles en éveille et le cardio en forme. Le vendredi, de retour à la maison, je termine ma préparation et je regarde l'heure -- minuit! Vite dodo! 4 heures de sommeil... Je passe presque tout droit lorsque Rod me demande si je suis réveillé! Je n'ai pas entendu mon réveil-matin! Je nous prépare à Rod et à moi un bon déjeuner à la Simon. Passe prendre Martine Charbonneau. Direction Verdun.

J'entends 19 secondes avant le départ! Je suis en direction, je prends place au départ avec Allison, Martine, Said, Charles et Ralph, je me sens fort, est-ce le fait de l'excitation?

Et c'est parti. Nous sommes 6 patineurs dans le peloton de tête. Nous roulons et nous glissons aussi! Les lignes de peinture deviennent de la glace avec la pluie et les couvercles de puis d'homme aussi. Changement de tête de peloton au 30 sec. Je tire jusqu'à 40, 50 sec et je sens que je peut rouler plus vite... mais c'est glissant et pas prudent, l'auto de M. Fortier nous suit, nous roulons a 26km/hr dans le secteur de Senneville.

Puis en cours de la troisième étape je regarde derrière moi je ne vois plus Ralph, il a décroché! Les flaques d'eau sont parfois si importantes que mes patins sont submergés, c'est fou et c'est drôle à la fois comme des enfants qui jouent dans une flaque d'eau.

Puis Martine qui souffre à cause d'un genou et qui s'impatiente un peu de mes cabrioles et sifflements! Hihih! Elle abandonne sagement pour ne pas compromettre ses compétitions d'escrime dans une semaine.

Nous poursuivons à 4, Allison, Charles, Said et moi. Allison et Charles ont froid, nous devons ralentir pour qu'ils puissent prendre un survêtement. Nous roulions moins vite depuis un certain moment, je commençais à refroidir, j'ai décidé de partir en solo a mon rythme, j'ai roulé avec plaisir et je me suis réchauffé, puis soudain je passe dans une flaque d'eau et mon patin s'engouffre dans une crevasse et je chute... Je me relève, peu de dommage, quelques égratignures, sauvé par l'eau qui m'a fait glisser, et je continue.

Lorsque Allison, Charles et Said m'ont rejoint environ 30 min plus tard j'étais content d'avoir fait l'expérience de rouler seul sur cette portion du parcours sans me bruler. J'ai testé mes réserves et mon mental. Par la suite j'ai travaillé fort pour le peloton rendu au désert de Notre-Dame -- vent, rafales et pluie de face. À nouveau, relais au 30 sec. Il m'est facile de constater l'état de chacun de nous, c'est difficile et éprouvant. Charles démontre la profondeur de ses forces et de sa technique en tirant souvent et longtemps, environ 60 sec, et je partage ces efforts également en tirant 50-60 sec. Allison fait tous les efforts pour faire écourter ses souffrances le plus vite possible; elle ne se plaint pas mais on lit sur son visage l'acharnement qu'elle y met. (Après le Défi j'ai vu ses talons en sang, ce qu'elle a enduré pour terminer! Ho làlà! J'ai connu ça l'an dernier, moi.)

À l'arrivé du pont J-C... HHHHHaaaaaaa! Ça va terminer dans peu de temps que je me dit...

Rendu au Vieux Port nous avons tous un petit regain d'énergie, nous accélérons sur de la Commune. Wellington, j'analyse qui semble avoir encore assez de cran pour tenter une échappée. Il n'y a que Charles qui puisse sprinter, selon moi. On reprend la piste, Charles est devant puis il prend place derrière moi, j'attends juste le moment où il sortira derrière pour sprinter. Le voilà comme anticipé -- je pousse pour tenter de suivre, mes jambes, mes chevilles sont raides, je n'ai plus de souplesse requise pour double-pousser, je donne ce que je peux mais Charles passe devant moi... Je suis quelques longueurs derrière lui.

À ma très grande surprise je suis deuxième, je suis fatigué sans être totalement à plat. Dès que j'ai arrêté j'ai commencé à grelotter -- c'est l'hypothermie qui commence. Rod s'amène en courant, il m'aborde avec un large sourire, il me fait une accolade chaleureuse qui fait monter mes émotions de fierté, d'accomplissement, de courage et de ténacité mêlé avec l'euphorie du résultat. Je me rends à l'intérieur, j'ai de la difficulté à réfléchir et à penser, je suis incapable de délacer mes patins, mes doigts ne répondent pas aux commandes de mon cerveau. Rod est près de moi et je lui demande de m'aider car je n'y arrive pas. Il doit forcer sur la boucle d'attache car je l'ai endommagé dans ma chute, puis il me délace mes patins, je monte au vestiaire au deuxième étage et là je me réchauffe un peu les mains avec les séchoirs à mains. Je veut retirer mes vêtements pour me sécher mais je n'arrive toujours pas à coordonner mes doigts suffisamment pour descendre la fermeture éclaire de mon skinsuit. Je sors du vestiaire et demande à des jeunes garçons de m'aider, mais ils n'y arrivent pas eux non plus, c'est coincé. J'arrive difficilement maintenant à parler, tellement je grelotte mes dents claquent. Je demande à une dame plus loin qui comprend mes gestes plus que mes paroles, elle n'y arrive toujours pas. Bon! Aux grands maux les grands moyens. J'empoigne les tissus des deux cotés de la fermeture éclaire et j'arrache tout. Enfin le sec et la chaleur, Charles, Said et moi nous nous échangeons une serviette et nos trucs pour se réchauffer, tel qu'assis sur le radiateur entre deux séchoirs à mains en fonction.

Je crois que les conditions difficiles de cette journée ont tourné à mon avantage. Le froid et l'eau ont gelé mes pieds, et par le fait même ont anesthésié mon nerf qui me cause des problèmes (Neurome de Morton). En plus, mon corps est beaucoup plus à l'aise avec le froid qu'avec la chaleur -- ayant eu un coup de chaleur en mai lors d'un 20 km de course à pieds.

Voici qu'après une année de pratique de patinage avec les gens de Roller-Montréal, j'ai acquis de la technique de patinage, de la puissance et de l'endurance, et ces acquis me servent dans ma vie active au quotidien en faisant preuve de détermination et de persévérance. Le plus important est le plaisir de pratiquer ce sport avec tous les gens formidables que je croise sur ma route et les amitiés sincères qui se développent. Et en retour j'essaye de partager mes connaissances et ma passion avec tous ceux qui viennent se joindre à nous par plaisir ou par passion, peu importe la façon, récréative ou vitesse.

Si mon train passe, embarque ont va avoir du fun!

P.S.: Vincent a fait 8 combats et a réussi 8 victoires, Médaille d'or de sa catégorie. Continue fiston, tout est possible! Ce fut une journée des plus remplies de joie et de fierté que j'ai vécu à ce jour.

Merci Rod pour tes commentaires justes tout au long de la saison, pour ton implication profonde dans Roller-Montréal et pour le Défi. C'est très apprécié d'avoir les résultats le plus tot possible sur le site.

Merci Martine pour tes encouragements; ils m'ont fait de l'effet. Et continue à tirer!

Merci au Organisateurs et au bénévoles! À l'an prochain!

Bravo à tous ceux et celles qui ont participé!

Simon Côté


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