2003


Rapport - Charles Beaudoin

 

 

Mon histoire, mon aventure, mon Défi 2003

Il est 4h00 du matin, mon cadran sonne, j'enfile mes vêtements de course, tout est prêt. Je fais toujours un check-list, c'est mon cinquième Défi alors je sais ce qu'il faut, surtout avec l'expérience du Défi 2002 dans des conditions abominables (5 degrés Celsius et pluvieux) -- on se prépare toujours au pire...

4h50 je dépose un sac de ravitaillement à la Section 4 au pont Pie-IX, ensuite je file a l'Auditorium de Verdun pour le départ. Je stationne, enfile mes patins, remplis les poches de mon maillot avec barres d'énergie (7 ou 8), boisson énergétique (1 bouteille), eau (2 bouteilles), caméra jetable, porte-monnaie, outil pour patin, et bagel-fromage pour la route au cas où j'aurai faim.

5h45 je rentre a l'auditorium voir qui est présent pour cette grande fête annuelle transformé en pèlerinage de patineur en manque de bitume... Les habitués sont tous venus: Bernard, Rod, Dany, François, Isabel, les membres de Roller-Montreal, les membres de Stamina de Victo, les gens de Québec, la gang du Club d'Ottawa (OUISC), une grosse délégation de Toronto (TISC). Je suis super content de voir autant de patineurs et patineuses venir chez nous faire le Défi, enfin le patin est célébré a Montréal.

Bon, suffit, le départ va avoir lieu dans quelques minutes. 5h57 je suis au fil de départ, on sent de la fébrilité dans l'air ou ce n'est que moi qui vis quelque chose d'intense. Notre Robert Fortier prend la parole, il donne quelques conseils et demande aux gens s'ils ont des questions avant de donner le départ. Personne n'a de questions, attention, 10, 9, 8... 3, 2, 1 partez, tous nous prenons le chemin de la piste cyclable dans la plus grande noirceur du matin.
 


Je suis dans le peloton de tête avec Mehdi Chérif, Said Rahim, Jonathan Royer, Cathrine Grage, Jacques Lecuyer, Simon Coté et quelques 195 autres que je ne peux identifier à cause de la noirceur. Les premiers kilomètres ou plutôt les premières sections se sont faites à des vitesses variant entre 26 et 28 km/h, donc il ne fallait pas traîner car on pouvait facilement perdre la tête (peloton de tête hi hi).

Déjà au cours de la première section cela n'allait pas bien pour moi (je pensais que le Défi aurait été une promenade de santé), je n'arrivais pas à me réchauffer et être à l'aise dans cette cadence; à vrai dire, la cadence était un peu trop pour moi à ce stade. Il fait encore nuit, nous sommes à Ville Lasalle. Survient la première chute de Jonathan Royer, mais rien de grave, il se relève et rejoint le groupe. Fin de la piste à Dorval, nous roulons dans la rue, la vitesse augmente, le pavé est parfait. Je remarque enfin que nous sommes un bonne dizaine de patineurs, cool, cela veut dire plus de travailleurs pour tirer le peloton...

Nous sommes en file indienne pour se protéger du vent et se faire remorquer par le groupe; je m'explique... Voici: le premier patineur de la file (A) est suivi de très prês par les autres (B)+(C)+(D)+++, qui sont tous aussi près des autres. BCD sont à la remorque de (A) car ils sont protégés du vent de face que nous avons tous. Lorsque (A) décide de céder sa place, il sort latéralement et se laisse ralentir pour aller à l'arrière du groupe BCD. Puis (A) se colle derrière et ainsi de suite, (B) est devenu le leader... Comme cela tout le monde travail et se repose au même ratio. Voila pour la technique.

Pointe-Claire, une voiture de police nous arrête. C'était trop beau, nous avions pris beaucoup d'avance. Les policiers n'étant pas avertis de notre passage nous avertissent qu'il serait mieux que l'on patinent en file car nous prenions toute la voie. Après quelques minutes de discussion, nous repartions sachant bien que nous l'avions échappé bel cette fois-ci. Quelques kilomètres passèrent puis on nous arrête à nouveau, et cette fois-ci cela semble bien terminé pour le Défi 2003. Nous sommes immobilisés au coin d'une rue puis les policiers nous ordonnent de cesser de patiner immédiatement, ce que nous faisons tous avec colère. Quelques-uns argumentent avec les jeunes policiers, mais cela alimente seulement leurs raisons de nous arrêter. Puis d'autres groupes de patineurs arrivent sur les lieux pour constater que tout est stoppé; les minutes passent et nous voyons notre avance fondre...

Nous sommes maintenant près de 40 patineurs et quelques voitures accompagnatrices à cette intersection. Puis arriva notre sauveur: Mathieu Fortier, le fils de Robert. Lui est policier, alors il utilisera la manière diplomatique pour résoudre ce petit contretemps (merci!). Dix à quinze minutes ont passés, les consignes sont maintenant de faire des petits groupes de patineurs pour évoluer sur les routes devant nous. Notre leader du groupe de tête repart la machine en mode hyper-espace, ça veut dire vite: on reprend les minutes perdus.

Mehdi, notre leader, tire le groupe pour de longues périodes. Moi je suis a l'arrière pour essayer de récupérer et aussi fermer la porte du peloton. Les villes passent puis nous sommes à Senneville, là ou il y a la seule côte ou montée, mais il a plu et c'est très glissant, c'est très chiant, tous nous grimaçons de joie/douleur, je crois que douleur serait plus juste pour cet obstacle surmonté d'une qualité douteuse d'asphalte qui nous semble un massage de pied avec patin, tellement il y a des vibrations. Puis nous nous regroupons un peu plus loin pour quitter le plus rapidement cette section maudite.

Peu de temps après ladite section nous devons traverser une portion de gravelle en construction. Nous la traversons à pleine vitesse car pour nous c'est une course, mais voilà que notre compatriote venu du Maryland, Jacques, tombe face première et reste au sol pour un bon moment. Déjà le groupe s'éloigne, mais je ralentis avec Said, puis je cris aux autres de faire de même. Jacques se relève et patine en notre direction. Je lui dis, "Tu es blessé," puis je vois son visage maculé de sang. Il a une arcade sourcilière et le menton ouvert qui saignent, et des égratignures à plusieurs endroits sur le visage. Mais il ne semble pas trop en souffrir, alors le long train peut se remettre en marche.

Tous nous avons travaillé fort sur cette section, jusqu'à notre pause en-dessous du pont Pie-IX, où nous attendait Robert Fortier en voiture, ainsi que des accompagnateurs avec du ravitaillement. Nous avons fait provision d'eau et nourriture, puis nous repartions sur une belle section qui selon moi est très agréable. C'est alors que je vis notre collègue Robert Mitchell en vélo qui nous attendait pour nous accompagner. Alors cette section s'est donc faite assez vite. À l'intersection de la 81e et Sherbrooke, complètement dans l'est de Montréal, ma montre indiquait 9h59; donc 61 minutes pour nous rendre à Verdun pour réaliser le temps que Mehdi Chérif voulait atteindre, soit un temps de moins de 5 heures au Défi. Nous avons quand même prit le temps de boire, manger et nous étirer avant d'entreprendre la plus ardue des sections du Défi...

Enfin on s'élance sur Notre-Dame, avec seul but: voir l'Auditorium de Verdun en face de nous. À cette étape du Défi, je crois que tout le monde a mal partout. Parfois je crie de douleur lorsque je tire le peloton; ça fait du bien, ça libère le méchant. Plusieurs ont des signes de fatigues. Said me demande, Combien de temps encore, sommes-nous encore loin? Mehdi tire un peu moins longtemps qu'au début et il parle moins fort, hahaha. Jonathan m'a déjà dit trois fois qu'il a des crampes aux jambes et que cela fait extrêmement mal. Je lui dit "Bienvenue dans le club," car moi aussi j'ai des douleurs aux jambes. Il y a juste Jacques et Cathrine qui ne se plaignent pas.

Jacques Lecuyer de Washington a tombé en pleine face dans la gravelle il y a environ deux heures, lui c'est un dur de dur... Puis il y a Cathrine qui nous vient du Danemark, un pays scandinave, elle fait partie des élites de son pays. La petite Danoise a beaucoup tiré le peloton durant le Défi; étant donné qu'elle est de petite taille, elle ne nous cachait pas bien du vent, haha. Puis vint la piste cyclable de la section Notre-Dame et Dickson jusqu'au pont Jacques Cartier. Je regarde ma montre, 10h25, cool nous avons encore le temps. À tour de rôle nous nous échangeons la tête du peloton. Le pont est dans notre mire, puis Radio-Canada, la côte de Berri et Viger, nous la passons avec succès. Nous roulons dans le Vieux, le moral tient bon car nous nous approchons de notre but.

La piste du canal, on sort sur Wellington, à ce moment-ci c'est moi qui tire car je connais le reste très bien, alors je prépare le terrain pour le sprint final. Je dois vous dire que Mehdi Cherif est en avant de nous, car il a accéléré sur Notre-Dame, et ne nous pouvions le suivre. Alors nous allons nous battre pour les 2e et 3e places. Je vois le Canadian Tire, "Moins d'un kilo au stop" je dis aux boys. Nous entrons dans le parc, je dis à Said et Jonathan, Ok c'est ici qu'il faut sprinter, go go go! Alors il se sont battus du mieux qu'ils le pouvaient pour finir cette belle aventure en beauté: Jonathan 2 et Said 3, Jacques Lecuyer 4, puis Cathrine Grage et moi votre humble serviteur...

Je tiens à remercier les organisateurs: Robert Fortier et sa famille, les amis du Défi, les bénévoles, les patineurs et patineuses. Je vous dis à l'année prochaine, et d'ici là gardez la forme...

Charles Beaudoin, #90


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