2004


Rapport - Jacques Cyr

 
Mise à jour le 24 octobre, 2004

 

Pour la première fois, je me suis décidé à faire le Défi. Quelque chose en moi me pousse à me dépasser, à me prouver que je peux aller plus loin et à contrôler mes énergies. Je me sens en condition physique pour compléter le trajet et mon aspect mental est plus fort que jamais.

Je m'inscris à la dernière minute et je prends mon départ avec quelques minutes de retard. Je me dis que ce n'est pas grave car je patine pour moi-même. Mon objectif est de me rendre à l'arrivée. Selon mon entraînement, je devrais faire le parcours en 8 h 05, théoriquement! Par temps sec! Mais j'ai terminé en 8 h 33, ce qui est très acceptable dans les circonstances.

Je m'engage dans le parcours à la noirceur, sous la pluie et dès les premiers mètres, je traverse une flaque d'eau qui me mouille complètement les pieds. La journée sera longue... mais je m'y ferai à cette sensation. Avec les kilomètres, mes bas et mes patins ne sècheront pas mais la chaleur de mes pieds m'aidera à oublier cet inconvénient.

Au fil des kilomètres, je me sens rassuré; tout va bien. Il faut être prudent afin d'éviter les blessures qui surviennent souvent pendant un moment d'inattention. Le tapis de feuilles est épais, les ponts de bois glissants et le virages pas toujours évidents car la piste cyclable disparaît sous les feuilles à la noirceur nous empêchant de deviner la course de la piste.

La lumière apparaît graduellement, la pluie se raffine et finit par disparaître. Mes vêtements sèchent sous l'effet du vent qui tantôt venait du côté du fleuve et me fouettait la figure et qui tantôt me poussait dans le dos. Puis le soleil apparaît quelques minutes pour aider à sécher la chaussée à certains endroits, laissant encore des tapis de feuilles mouillées sous mes roues qui roulent allègrement dans la bonne direction. Pour une fois j'ai apprécié la rugosité du pavé qui permettait à mes roues de bien adhérer alors que sur l'asphalte parfait mes roues glissaient de façon dangereuse.

Chemin faisant, je rencontre des cyclistes qui m'accompagnent pendant quelques kilomètres et m'encouragent à poursuivre mon objectif. Je rencontre aussi d'autres patineurs et nous discutons des plaisirs de faire ce genre d'épreuve. Des patineurs rencontrés, je suis le seul à faire le Défi pour la première fois. Je constate qu'ils ont tous la volonté de terminer leur épreuve. Mis à part les blessures qui obligent les participants à se retirer du parcours, il serait facile d'arrêter en invoquant toutes sortes d'excuses : la pluie, le froid, le vent, les feuilles, les roulements qui sont encrassés, la fatigue, la faim, la soif, la longueur, le manque d'énergie etc. Mais non, les patineurs qui entreprennent le Défi sont munis de cette volonté de se rendre jusqu'au bout; ce sont des inconditionnels du patin à roues alignées et je crois que je me suis joint à ce groupe et désormais j'en fais parti!

Ce n'est pas toujours facile; parfois je me retrouve seul. Quand je suis seul sur le parcours, je suis vraiment seul, personne devant moi et personne derrière moi. Je suis une ombre sur un chemin sans fin. Mes pensées virevoltent d'un sujet à l'autre mais au fond de moi je n'ai vraiment qu'une seule pensée récurrente, celle de me rendre au bout.

Aucune douleur ne m'arrête car je ne les ressens plus. Je développe des mouvements mécaniques avec mes jambes et je les répète constamment comme un mouvement perpétuel qui ne s'arrêtera qu'au bout du parcours.

Je passe à travers toute la gamme des émotions et sans savoir pourquoi. Tout à coup je suis triste, puis joyeux, puis euphorique. Je recherche la quiétude. Je sens le vent qui m'accompagne, la rivière qui coule à travers les roches, les arbres se sont vêtus de leurs plus belles couleurs et moi je roule à travers ce paysage merveilleux, j'ai la chance de ma vie, je suis heureux. Parfois mon attention est attirée par les klaxons, les crissements de pneus et la vie reprend autour de moi, je sors de mes rêveries et je dois effectuer un arrêt à un feu rouge. Après quelques instants d'impatience qui me permet tout de même de me reposer, je repars en quête de mon rythme régulier de poussées qui m'amènent vers mon objectif.

Chaque fin de section est pour moi une constatation que j'ai la capacité de réaliser le Défi car au point de contrôle, je mes sens aussi frais qu'au départ du précédent. Les bénévoles m'accueillent avec chaleur et remplissent ma gourde avec empressement. Chaque section a ses propres caractéristiques, ce qui fait le charme du Défi. La première section se fait à la noirceur, la seconde contient une pente ascendante et descendante avec un pavé rugueux, la troisième se fait en partie sur la route qu'il faut partager avec les véhicules automobiles, la quatrième bien que la plus courte, se fait en partie sur une piste cyclable très agréable puis dans la rue et finalement dans un champs isolé de toute civilisation. La dernière section est la plus difficile pour trois raisons: c'est la plus longue section, la plus encombrée (roches, sables, trottoirs et détritus) et l'élément le plus incommodant, le contrevent. Il faut adapter son style à toutes ces caractéristiques et c'est ce qui fait le charme de ce parcours.

Les paysages sont extraordinaires mais encore faut-il en profiter. Prendre le temps de vivre dans cette nature en pleine ville. Encercler l'île de Montréal et terminer la boucle à notre point de départ voilà le défi.

Après avoir traversé toutes ces embûches, je me retrouve bientôt dans le Vieux-Port comme un bateau guidé par le phare. Je me rapproche de mon objectif. Encore quelques épreuves à traverser, un pont, un virage en épingle après une descente rapide, un autre bout de piste cyclable et finalement la rue Wellington. Je suis certain maintenant de terminer mon Défi. Je roule sur la rue et bientôt la dernière section, soit la piste cyclable qui complète la boucle. Soudain l'Auditorium m'apparaît comme le quai de mon arrivée; au lieu de lancer les amarres, j'enlèverai mes patins. J'entends les cris et les applaudissements des gens qui m'accueillent. Mon voyage se termine et j'ai le plaisir d'avoir accompli un rêve qui s'est traduit en réalité. J'aurai tout le temps de guérir mes blessures et mon corps reprendra vite son énergie qu'il a dépensée au cours de cette magnifique journée. Je prendrai le temps de savourer mon périple pendant les prochains jours tout en pensant de m'inscrire pour le Défi 2005.
 

Remerciements

À Martine Gamache pour ses précieux conseils techniques et d'entraînement.
À Suzanne Réhel, diététiste, qui m'a apporté une aide précieuse au cours de mon entraînement et pour la course.
À Jean Brunelle (AVLTRACK, avltrack.com) qui m'a suivi tout au long du parcours dans la chaleur de son foyer sur son ordinateur alors qu'il m'avait prêté un Mike GPS et pouvait savoir à tout instant où je me trouvais.
À François Leclerc qui m'a encouragé dans mon projet lors d'une rencontre.
À tous les bénévoles qui font un travail extraordinaire.
Aux quelques personnes qui m'ont encouragé le long du parcours.

Jacques Cyr, #140


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