2004


Rapport - Yann Gaudreault

 

 

Le Défi de l'Ile de Montréal de l'année 2004 était inévitablement pour moi un ultime test de transition aux bottines de vitesse et de perfectionnement de technique; j'anticipais donc de plus hautes marches que mes 2 Défis précédents. Comme tous les inscrits de cette année j'avais été averti une semaine à l'avance d'une forte possibilité de pluie par les prévisions. Je me voyais revivre mon "pénible" premier Défi de 2002, ouf... Cette fois par contre, je serais beaucoup mieux préparé. La pluie fut fidèle à son rendez-vous malgré que plus subtile qu'en 2002. Les feuilles mortes elles par contre ne s'étaient pas annoncées à l'avance en si grand nombre.

6h00 tapant, le départ donné, je m'élançai avec les leaders habituels: Bob, Jonathan, Said, Seb, Charles, ... et Alain Bisson (en vélo). Nous allions quand même à un train d'enfer sur le boulevard LaSalle malgré le tapis glissant de feuilles jaunes qui s'étalait devant nous. Bob insistant: "Trrransfert de poids! On pousse pas!" J'ai fini par me faire larguer par le peloton de tête, en même temps que Charles, un peu avant le pont Mercier dans LaSalle, Charles se plaignant de son dos et moi de mes chevilles non habituées à rouler dans des conditions glissantes. Alain en vélo finit par nous rejoindre, un problème avec sa chaîne de vélo l'obligeant à s'arrêter plus tôt dans le parcours. Rendu sur la piste cyclable après avoir traversé le canal Lachine, ça augurait très mal pour les conditions de ce Défi. Il faisait encore bien noir, plein de flaques d'eau partout, de feuilles rendant le pavé très glissant, accompagné de bonnes bourrasques de vent.

On s'est suivi Charles et moi jusqu'à un peu avant la fin de la 1ère section. On était d'accord pour dire que le peloton de tête mené par Bob était parti pas mal vite; Charles doutait qu'il ne terminerait pas à ce rythme. Je distançais Charles légèrement par bouts, mais je rétrécissais l'écart en ralentissant un peu chaque fois; à un moment donné cependant je me suis retourné et il était loin derrière, et pour cause, car il se plaignait de son dos devenant un fardeau. Les deux Robaxacet qu'il avait pris n'avaient pas encore fait effet. Je suis donc parti en solitaire à la poursuite des meneurs. J'ai fini par rejoindre Michel Daoust en compagnie d'un Mexicain nommé Roberto [Villegas] avant le 1er point de contrôle. Ils avaient dû quitter le peloton de tête par cause de chute de Roberto. Nous avons patiné ensemble pendant un bref moment, soit pas plus de 1 ou 2 km pendant lequel nous avons croisé le 1er point de contrôle. Ne s'arrêtant pas au passage, je saisis une Powerbar que l'accompagnateur de Michel me tendit au passage. J'ai dû laisser derrière moi Roberto et Michel qui avaient de la difficulté à suivre mon rythme. Je retrouverais à ce moment un peu mon air d'aller avec ma technique, poussant plus efficacement avec mes Hyper +G, en plus mes muscles clés s'étaient maintenant pleinement réchauffés.

J'ai poursuivi en solitaire presqu'en entier le parcours de la 2e section. Que dire de plus sur cette section, à part que j'ai aperçu le coupe-vent duquel s'était débarrassé Bob sur le bord de la chaussée après la pluie et le pavé rugueux après la côte de Senneville qui paraît toujours aussi interminable. Quand j'approchais la fin de la section on voyait agréablement des parcelles de soleil percer à travers les nuages, c'était encourageant. J'ai passé droit au 2e point de contrôle et après avoir tourné à gauche sur le boulevard Pierrefonds, qui j'aperçois dans un abribus? Said, qui avait abandonné les meneurs 15 minutes auparavant. Il ne pouvait pas les suivre avec ses 80mm usées... Ils l'avaient rendu à bout de souffle, il croyait s'être trompé de chemin, alors soit qu'il prenait le prochain bus ou qu'il embarquait dans le train avec le prochain venu. Nous sommes donc repartis à deux et j'ai tiré jusqu'à la fin de la 3e section.

Le vent dans le dos, ça roulait plutôt bien mais le sol était encore mouillé et les feuilles qui parsemaient la piste et le bord des routes étaient toujours aussi présentes. Nous avons passé tout droit au moment de tourner à gauche sur le boulevard Lalande, le soleil extrêmement réfléchissant sur la chaussée mouillée nous aveuglant. Arrivé au Pont Pie-X (fin de la 3e section) nous avons rejoint Jonathan, arrêté sous le pont depuis 10 minutes. Il ne voulais plus patiner seul, laissant Alain Lemyre, Seb et Bob devant. Nous avons donc profité de l'arrêt pour prendre un léger repos de 5-10 minutes et j'ai rempli mon Camelbak de Gatorade que mes parents m'avaient gentiment apporté. Nous sommes repartis à 3, moi, Said et Jonathan pour affronter la 4e section. Jonathan semblait avoir autant d'énergie que moi, nous avons donc tiré également chacun notre tour, prenant soin de regarder derrière si Said suivait. La joie régnait dans le peloton, on chantait moi et Jonathan le vent dans le dos: "V'la le bon vent, v'la le joli vent... v'la le bon vent m'ami m'appelle..." (Les amateurs de Passe-Partout reconnaîtront l'air.) Ça faisait un petit velours de patiner avec 2 des meilleurs plus jeunes prospects de Roller-Montréal, de s'entraîder dans une épreuve d'endurance.

Nous avons croisé Alain Lemyre (#3) immobilisé sur le bord du boulevard Gouin; il était lui aussi parti avec les meneurs, mais il avait vraisemblablement un problème avec un de ses patins. Jonathan alla sonder mais on ne pouvait pas grand-chose pour l'aider. Plusieurs patineurs ont eu des problèmes de patins cette année, Bob, Seb, Nick... pour ne nommer que ceux-là. 250m avant d'arriver à la fin de la 4e section, nous étions pas mal certains d'avoir un bon coussin d'avance sur nos plus proches poursuivants, on pouvait bien se permettre d'arrêter 10-15 minutes. Arrivé au point de contrôle #4 où nous attendait 2 gentilles demoiselles, nous venions aux nouvelles sur le temps de passage des deux meneurs. Je ne me rappelle pas des temps exacts mais Bob était passé avant Seb et il semblait pas trop réaliste de les rattraper compte tenu du vent et de leur rapidité. Nous avons donc pris une légère pause pour nous étirer et remplir nos récipients. Tous les trois on se préparait mentalement pour la 5e section avec le vent de face de la mort. On établissait la stratégie qui serait que Said tirerait 1 fois sur 4, Jonathan était plus à l'aise en avant, j'ai dis pas de problème tu tireras mon gars.

Nous emboîtâmes donc le pas à une cadence assez élevée; rendu sur Notre-Dame, le vent était tenace, peut-être 30 km/h?

On parlait entre nous de qui on laisserait prendre la 3e place à l'arrivée, est-ce qu'on va tirer Said jusqu'à la fin?

Les feuilles n'avaient pas pris congé non plus sur les trottoirs de la rue Notre-Dame. Tellement qu'à un moment donné Jonathan n'y pensait plus et à royalement planté en poussant trop fort dans les feuilles. Accompagné d'une fatigue musculaire, cela donna un simili vol plané jambe en l'air. Après une vérification préliminaire, rien de grave, sauf l'articulation du poignet un peu sonnée. Jonathan ne voulait pas se relever, il nous disait de continuer sans lui; je l'ai alors pogné par le bras et il s'est levé, on a pu continuer à rouler mais d'une cadence moindre.

Pas longtemps après ça le vent nous força à faire un arrêt de quelques minutes en plein milieu de la piste. À la cadence ou nous allions il nous bouffait littéralement nos réserves d'énergie. Jonathan: "Le vent nous tue, continuez, je prends un break." Des crampes l'ont fait abdiquer, il avait besoin d'un break; nous avons donc poursuivi à deux.

Rendu au coin Dickson, endroit où l'on change de côté sur Notre-Dame pour rouler à droite de la rue. Il y avait eu un accident, le klaxon de la voiture accidentée était collé, le coussin gonflable s'était déclenché - aucun patineur impliqué heureusement. Ce fut ardu de traverser sur le trottoir de droite à cause de l'amas de véhicules dû à l'accident, en plus des constructions qui sévissaient à cet endroit; il y avait beaucoup de garnottes, rendant le patinage très pénible. On apercevait bientôt le pont Jacques-Cartier, j'encourageais Said en lui disant qu'il ne restait plus beaucoup de km. À combien de temps étions-nous rendus sur sa montre? - 5h45... On battrait sûrement pas nos temps de l'an passé, mais vu les conditions c'était quand même un bon temps. Rendu à la côte Berri, j'ai sprinté en solitaire pour donner un dernier coup. Said: "Vas-y t'es plus rapide." Ayant une dose d'énergie supplémentaire, j'ai pas hésité un moment. Rendu sur Wellington, ça roulait bien, un coup d'oeil rapide derrière, personne.

L'Auditorium bientôt en vue, beaucoup de personnes étaient regroupées à l'arrivée. J'entendais graduellement les cris et les applaudissements... pour finalement apprendre avec stupéfaction que j'étais 2e!!! Je n'aurais jamais pensé obtenir un tel rang cette année! Le Test fût concluant les gars les filles!

Merci à tous les patineurs inscrits pour rendre cette épreuve ce qu'elle est.

Merci à Robert Fortier et ses bénévoles d'organiser ce "test" chaque année.

Merci aux clencheux de Roller-Montréal pour nous permettre de se surpasser en partant après eux... et aux non-clencheux pour "le social" et pour admirer le paysage :-).

Yann Gaudreault, #87


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